Dernière mise à jour le 10 octobre 2026
On m’a posé une question cette semaine lors des conférences REZOWAY : peut-on obtenir un visa pour les États-Unis via la reprise d’une entreprise en difficulté ?
Comme souvent, la réponse n’est ni un oui ni un non tranché.
D’abord, est-ce possible ? Dans l’absolu, je dirais que ce n’est pas impossible. Il va falloir beaucoup expliquer et répondre à deux questions principales : pourquoi l’entreprise est en difficulté et qu’est-ce que vous allez faire pour la sauver ? Surtout, il va falloir être convaincant. En effet, l’officier va se poser une question légitime : pourquoi un Américain, qui connaît son marché, n’a pas réussi à faire fonctionner cette entreprise. De plus, s’il y a des emplois en jeu, il risque de craindre que le risque d’échec soit encore plus élevé avec un étranger qui gère et que les emplois soient menacés.
L’autre question : est-ce finalement une bonne idée de racheter cette entreprise en difficulté ? On revient aux deux questions précédentes et surtout à la cause de la difficulté. Par difficulté, on entend surtout une entreprise qui perd de l’argent. Pourquoi cette entreprise est-elle déficitaire ? Lors de cette conférence, j’ai « eu du nez » (ou de l’expérience). J’ai demandé quelle est l’activité et j’ai ensuite demandé : « Est-ce que par hasard ça ne viendrait pas d’un loyer élevé ? ». En plein dans le mille, et quand la personne m’a donné le montant du loyer, mon diagnostic a été rapide : « Le vendeur ne souhaite pas seulement vendre son entreprise, il veut s’en débarrasser, il veut transmettre le mistigri : un loyer insupportable pour son activité ». Il y a des normes, des références : on connaît le CA moyen par type d’activité, on sait aussi quel ratio loyer/CA est raisonnable. On peut faire des prévisionnels optimistes, mais même avec le meilleur marketing du monde, avec la meilleure réputation, on ne peut pas créer une demande suffisante dans un rayon donné et renverser la problématique d’un loyer délirant. Sur le sujet des loyers, il y a parfois des incohérences absolues. Souvent je cite ce coffee shop, « so pretty », en vente dans un mall à Orlando pour 89 000 $ mais… avec un loyer mensuel de 14 000 $ dans un mall qu’on qualifie localement de « ghost mall ». Je pense que le jour où le vendeur aura trouvé un gogo pour reprendre le bail, il sabrera le champagne. J’espère juste que ce ne sera pas un de mes compatriotes.
J’ai pris le cas du loyer, mais il peut y avoir plein d’autres raisons : un nouveau concurrent qui arrive sur le marché, une technologie disruptive (l’IA, qui impacte de nombreux business models qu’on croyait éternels), une franchise qui cumule les erreurs (regarder par exemple le nombre de Crumbl Cookies en vente). Le vendeur aura toujours une raison qui semblera plausible, mais le nombre de mensonges flagrants que j’ai entendus dans ce domaine en 15 ans est malheureusement très élevé (et la chanson de Dalida « Paroles, paroles » me vient à l’esprit là).
Question courte, réponse longue. C’est donc possible, mais c’est rarement une bonne idée. La reprise d’une affaire saine est déjà compliquée, et la reprise elle-même fait peser un risque vis-à-vis des changements qu’elle implique, alors pourquoi se compliquer la vie.
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